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(c) Jean-Pierre Ledos

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Ana SalazarArtiste

Biographie

L'étoile montante du flamenco revisite Piaf


Alors qu'il y a quarante ans s'éteignaient les lumières de Montmartre, il scintille aujourd'hui une lueur venue de Cadiz, en Andalousie. Ou plutôt une flamme, une étincelle électrique de 25 ans, du nom d'Ana Salazar. Ana Salazar ne vient pas du flamenco. Elle l'emporte partout avec elle comme un parfum. Elle vibre, respire le flamenco, d'abord synonyme pour elle de danse et de découverte du monde : Quand à treize ans elle obtient le premier prix du concours de danse de Cadiz, elle s'envole pour la Grèce. Elle y rejoint la compagnie de danse de Cristina Hoyos. Puis le Brésil, avec Andres Pena. Et toujours l'Espagne, ses racines, auprès d'artistes flamenco renommés comme Yerbabuena et Rafael Amargo, El Pipa, Belen Maya,… Lorsqu'en 1997, un accident l'oblige à mettre sa prometteuse carrière de danseuse en suspens, Ana ne démord pas de cette fièvre qu'elle a au front… et dans la voix. Elle se met alors à chanter le flamenco avec le guitariste José Luis Monton. Dès 1998, elle arpente avec son groupe les scènes d'Espagne, d'Allemagne, de Belgique et de France (Marseille, Montpellier, l'Olympia de Paris dans le cadre du spectacle de Andres Marin, le festival de Mont de Marsan en 2000). Elle symbolise désormais le renouveau de la scène flamenco. Elle est alors particulièrement remarquée en 2001 pour son interprétation des « Feuilles mortes » sur l'album « Chanson Flamenca » et sur la tournée qui s'en suit aux côtés du danseur Antonio Canales. L'audacieuse Ana Salazar poursuit aujourd'hui sur les chemins de la chanson française, dans le sillon de la plus grande. Elle interprète onze titres d'Edith Piaf dans un nouvel album en espagnol, UN HIMNO AL AMOR. A bien y regarder, la frontière paraît bien mince entre la jeune andalouse et la divine dame parisienne… Les chansons tristes ou canailles d'Edith Piaf ne vont pas sans rappeler les coplas du flamenco. Sans l'accent des rues de Paris, mais avec la passion intense et vibrante de sa voix, Ana donne vie et joie à un « El acordeonista », offre son âme fervente à un « Dios mio » (« Mon Dieu »). Campant ses déhanchements de danseuse flamenco, Ana Salazar se fait elle-même tragédienne au grand coeur. Elle est tantôt d'une légèreté, d'une sensualité provocante, tantôt déchirée par la douleur ou la rage, comme dans « No me arrepiento de nada » (« Non je ne regrette rien ») et « Padam ». On ressent qu'elle exprime des sentiments immenses ; on frissonne sous son accent déchirant et mystique dans « Dios mio ». On est bousculé par sa fougue, ému par le désespoir, le sien propre, dans « Himno al amor » ou « Historia de amor » (« La belle histoire d'amour »). Dans les onze chansons de l'album, une énergie explosive rythme ses claquements de talons. Et aussi en chacune, la même grâce dont « La vida es rosa » nous arrache un premier sourire de ravissement. Si la sincérité et la profondeur de son interprétation reposent sur les adaptations fidèles et sensibles de Fernando Deleyto, elles sont relayées par la richesse des arrangements, réalisés par Guillermo Mc Gill. Aux rythmes scandés par des battements de mains répondent des sanglots de guitares et d'accordéon, l'éclat des cordes et la couleur du piano. Sans manquer un subtil clin d'oeil aux harmonies arabisantes dans « No me arrepiento de nada ». Nul besoin d'être un aficionado de flamenco pour apprécier la suavité empreinte d'une force brutale et tranchante de l'album UN HIMNO AL AMOR. A l'instant où l'intraduisible et éternel « Mon manège à moi » commence à tourner la tête, il s'agit de fermer les yeux. On imagine le cabaret où Ana Salazar apparaîtrait sur scène, avec pour seuls ornements, sa voix rocailleuse et les gestes affûtés de son corps. On devine son souffle tendu, ses bras agiles. On se pâme devant ses yeux sombres enserrés dans un visage angélique. Et là le trouble s'installe, comme si l'on franchissait l'autre versant d'une montagne escarpée. Ana présente ce même dénuement, ce même noir sépulcral, cette même mélancolie… On en oublierait presque qu'on connaissait moins certaines mélodies comme « Con este sol » ou « Como yo ». Sans plus aucune retenue, on se laisse définitivement charmer par une interprète qui nous offre son émotion et sa culture pour mieux redécouvrir les nôtres. Patricia Mortagne.